Alain Juppé nommé au Conseil constitutionnel

A 73 ans, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac va s’installer mi-mars dans le fauteuil laissé vacant par un autre ex-Premier ministre, le socialiste Lionel Jospin. Le sénateur radical Jacques Mézard va lui aussi faire son entrée rue de Montpensier. 

Un ancien Premier ministre peut en cacher un autre. A la surprise générale, c’est le chiraquien Alain Juppé qui va finalement s’installer mi-mars dans le siège laissé vacant par le socialiste Lionel Jospin au Conseil constitutionnel. Sollicité ce week-end par le président de l’Assemblée nationale, ce grand serviteur de l’Etat a accepté d’intégrer l’institution de la rue de Montpensier, grande garante de l’équilibre entre l’ordre public et la protection des libertés individuelles. Non sans un pincement au cœur: à 73 ans, le maire de Bordeaux va devoir abandonner sa ville un an avant l’expiration de son troisième mandat consécutif.

La nomination de Juppé, personne ne s’y attendait. Alors que dans les coulisses du pouvoir, le renouvellement de trois des neuf sages de la rue de Montpensier fait depuis quatre mois l’objet de tractations byzantines et de promesses inconsidérées, jamais le nom du maire de Bordeaux n’avait été prononcé. Jusqu’à ce week-end, Emmanuel Macron n’avait que deux noms à la bouche. Celui de l’ancien ministre radical (ex-PRG) et l’un de ses premiers soutiens de campagne, Jacques Mézard, pressenti en remerciement de sa fidélité. Celui aussi de l’actuel premier magistrat de la Cour des comptes, Didier Migaud, mais pour une raison plus tortueuse: libérer la présidence de cette institution pour y installer l’actuel commissaire européen Pierre Moscovici.

Pas question pour Ferrand de donner le sentiment d’être inféodé à l’exécutif

Ce scénario made in Elysée faisait toutefois fi d’un détail. S’il appartient au chef de l’Etat de nommer un des trois sages en partance, le choix des deux autres est du ressort respectif des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat. Début janvier, c’est le grain de sable. A Macron qui lui expose son plan, Richard Ferrand oppose une moue sceptique. Ce petit jeu de chaises musicales, l’ancien lieutenant de Macron n’en voit pas l’intérêt (lire Libération du 11 février). Pas question pour le nouveau locataire de l’hôtel de Lassay à qui il échoit de trouver un successeur à Lionel Jospin au Conseil constitutionnel de donner le sentiment d’être inféodé à l’exécutif. Après un tête à tête avec l’ancien Premier ministre socialiste qu’il a en très haute estime, Ferrand privilégie une tout autre option: installer dans son fauteuil de la rue de Montpensier une juriste respectée.

Las! c’est au tour de Macron de se braquer. Le chef de l’Etat exclut d’abandonner le Conseil constitutionnel aux seuls professionnels du droit. C’est au sein du personnel politique qu’il convient de trouver des remplaçants aux anciens élus qui siègent rue de Montpensier, argue-t-il. Pour sa part, Mézard sera son candidat. reste donc à choisir celui de Ferrand. Début février, l’affaire tourne au casse-tête. D’autant que le temps presse: le courrier convoquant les députés de la commission des lois pour l’audition du candidat du président de l’Assemblée doit être envoyé au plus tard le 13 février…

Dîner élargi à l’Elysée

Ferrand ayant rejoint en urgence la Bretagne suite à une tentative d’incendie dans sa résidence secondaire du Finistère, c’est par téléphone que les deux hommes échafaudent une solution. Au fil de leur conversation, l’idée de remplacer un Premier ministre par un autre se fraye un chemin. Dans cette catégorie, le nom d’Alain Juppé s’impose rapidement: depuis l’automne, le chef de l’Etat entretient des relations cordiales avec le maire de Bordeaux. Le 20 novembre, l’ancien candidat à la primaire de la droite avait même accepté de participer à un dîner élargi à l’Elysée pour discuter d’une possible liste de rassemblement aux élections européennes. Un mois plus tôt, dans un long entretien au Point, Juppé, en rupture de ban avec LR, avait même qualifié de «cohérent et ambitieux» le projet européen de Macron, précisant le«partager très largement». 

Le chef de l’Etat pourtant hésite. Il craint  une décision contre-productive. Nommer Juppé au Conseil constitutionnel équivaut à le museler. Or le maire de Bordeaux s’est engagé à prendre officiellement position sur les élections européennes fin février ou début mars. Une prise de parole qui de l’avis général devait matérialiser son soutien à la liste LREM… Sous l’amicale pression de Ferrand, Macron cède finalement. Distinguer Juppé est une façon habile de resserrer les liens avec son Premier ministre, toujours très lié au maire de Bordeaux. L’occasion aussi d’apaiser les tensions entre l’Elysée et Matignon engendrées par la crise des gilets jaunes, entre dérapage budgétaire et interrogation sur l’avenir des 80 km/h…

Photo : AFP – Eric Piermont
Nathalie Raulin
Article tiré de Libération  le 13 février 2019

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