«Il est urgent de restructurer notre système agricole, faute de quoi tous les insectes disparaîtront»

Un rapport inédit sur la population d’insectes à échelle mondiale indique que 40% des espèces sont en déclin. 

Les insectes sont indispensables au bon fonctionnement des écosystèmes, et leur extinction pourrait bien menacer la survie de l’humanité. C’est le constat alarmant que dresse un rapport publié par la revue scientifique Biological Conservation, qui indique que 40% des espèces d’insectes pourraient disparaître dans les prochaines décennies. D’ici un siècle, il pourrait bien ne plus y avoir d’insectes du tout, ont même affirmé les chercheurs interrogés par le Guardian.

Francisco Sánchez-Bayo, de l’université de Sydney, est l’un des deux chercheurs à l’origine de la publication. Avec Kris Wyckhuys, de l’Académie des sciences agricoles à Pékin, il a sélectionné 73 études attestant du déclin des insectes afin de mesurer et mettre en lumière les causes de ce phénomène.

En quoi ce rapport sur les insectes est-il inédit ?

Des études à échelle nationale avaient déjà constaté une importante baisse des populations d’insectes en Allemagne (-75% en trente ans) et au Porto-Rico (-98% en 35 ans), mais celle-ci est la première réalisée à échelle mondiale. C’est parce que des études sur le long terme étaient disponibles, comme c’est le cas pour les 73 études du monde entier que nous avons compilées, qu’il est désormais possible d’identifier des tendances mondiales de déclin des espèces pour l’avenir. Ainsi, notre étude a permis de constater que la masse totale des insectes de la planète a diminué de 2,5 % chaque année depuis trente ans. Les papillons et les trichoptères sont les plus touchés.

Quelle(s) méthode(s) ont été utilisées pour produire votre rapport ?

Nous avons rassemblé les données sur l’extinction et le déclin de chaque espèce fournies par chacune des études. Ensuite, nous avons calculé la moyenne du nombre d’espèces en déclin et en voie d’extinction pour chaque groupe d’insectes et pour chaque région du globe. De même, nous avons calculé les pourcentages d’espèces en déclin ou en voie d’extinction. Ces études entomologiques [qui étudient les insectes, ndlr]utilisent des méthodes très similaires pour estimer le nombre d’espèces dans une région donnée.

Comment expliquer le déclin du nombre d’insectes ?

Les causes sont multiples, et certaines sont simultanées. Par ordre d’importance : la disparition du milieu de vie des insectes à cause de l’expansion agricole et l’urbanisation – la déforestation jouant aussi un rôle déterminant – ; la pollution engendrée par les produits chimiques industriels et agricoles, en particulier les agents fertilisants et les pesticides ; les agents biologiques (tels que les espèces envahissantes et les agents pathogènes) et enfin le changement climatique. Ce dernier facteur est important dans les régions tropicales et dans les montagnes, où les insectes ne supportent pas la hausse des températures. Au contraire, en Europe et en Amérique, les insectes vivent mieux sous un climat chaud.

Quelles pourraient être les solutions pour ralentir ou stopper le déclin des insectes ?

Il faudrait changer la façon dont nous produisons la nourriture. Notre agriculture moderne est devenue intolérable pour les insectes, ce qui n’était jamais arrivé au cours du millénaire. Aujourd’hui, la différence est qu’au lieu d’utiliser des pesticides seulement quand cela est nécessaire (par exemple pour stopper une invasion de nuisibles), nous recouvrons la plupart des cultures d’insecticides. Ces derniers restent dans la terre, puis l’eau, et contaminent tout l’environnement. Cette utilisation préventive des insecticides tue tous les insectes présents dans les champs, la terre et l’eau, sans tenir compte du fait qu’ils sont ou non des nuisibles. Ce système irrationnel ne débouche même pas sur de meilleurs rendements, comme le prouvent de récentes études. Il est urgent de restructurer notre système agricole, faute de quoi tous les insectes disparaîtront au cours de notre vie, et avec eux tous les autres animaux (oiseaux, lézards, grenouilles…) qui s’en nourrissent.

Photo AFP
Anna Lippert
Article tiré de Libération le 13 février 2019

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