Parti socialiste – La maison des destins croisés

Après Hollande, avec Macron, les socialistes ont complètement perdu le Nord. C’est comme si plus personne dans la maison PS n’était capable de trancher sur la ligne à adopter : la social-démocratie ou le libéralisme ?

Le Parti socialiste, (re)fondé en 1971 par François Mitterrand, allié à la droite et à la gauche de ce parti, contre un centre qui lui résistait en vain, a porté au pouvoir avec le présidence Hollande des idées en phase avec le consensus doctrinal de l’Union européenne et un personnel politique davantage soucieux de plaire aux milieux dirigeants de l’économie globalisée qu’à la base électorale historique de la gauche.

Au cœur de ce personnel, Emmanuel Macron, considéré comme un jeune prodige de la technostructure sociale et ardent défenseur de réformes structurelles censées rassurer « Bruxelles » et les marchés. En un sens, le PS est la fabrique du macronisme.

Victime du rejet puis de la défection du Président Hollande, le PS est aujourd’hui la première victime (avec l’UMP-LR) de la tripolarisation de la vie politique, telle que l’a décrite Pierre Martin. De fait, comme dans d’autres occasions historique bien plus douloureuses pour le pays, pour reprendre les mots de Léon Blum, « le parti a choisi de ne pas choisir ». Il a choisi de ne pas choisir entre Macron – sa politique, ses soutiens, la logique qui le guide – et une alliance « à gauche », pour le changement.

Le changement, c’est jamais maintenant

Certes, l’inventaire d’Olivier Faure est un pas en avant. Il fait opportunément l’impasse sur la question de l’intégration européenne et, tout particulièrement d’abord de « l’intégration négative » (Fritz Scharpf) enclenchée au cours des années 1980 (déréglementation, dérégulation, libéralisation des marchés) et de la politique choisie par François Hollande, lorsqu’il opta pour la non-renégociation du TSCG – dit « traité Merkozy » – signifiant ainsi que l’Europe – comme mythe et comme programme – demeurait bien le projet de substitution au socialisme auquel adhèrent les socialistes français.

Au fond, rien n’a fondamentalement changé dans la « vieille maison » depuis 1983 et le Congrès de Bourg-en-Bresse, entérinant la « parenthèse libérale » et surtout depuis le Congrès de l’Arche, entérinant la fin du PS d’Epinay, au profit d’une résignation libérale et d’un « atlantisme à la charentaise » (Didier Motchane, rédacteur de la motion de synthèse d’Epinay).

Semaine après semaine, un face-à-face se dessine entre Olivier Faure, Premier secrétaire du PS et un cacique du parti, longtemps stratège des mouvements de jeunesse, apprécié de François Mitterrand, inventeur et inspirateur de SOS Racisme comme des grèves de 86, blessé en plein vol par une affaire « de montres » qui ne prouva rien sinon une passion moins coûteuse qu’une grosse cylindré de député des Vosges ou de la Dordogne, Julien Dray.

Faure ne jure que par la constitution d’un attelage large aux européennes, afin de diluer la responsabilité du PS – et la sienne – dans ce qui s’annonce être une épreuve douloureuse. Dray ne pense qu’à une chose : faire prendre position au PS dans l’affaire des gilets jaunes. Chaque samedi, il s’en va discuter avec le « peuple des ronds-points » et part du principe que ce mouvement ressuscite une frontière de classe et sans doute une frontière politique. Le PS de Faure fuit le sujet. Dray plonge dedans. C’est sans doute cela la politique, la vraie, celle qui a fait plonger Mitterrand dans le bouillonnement post-68 (à défaut d’avoir su profiter de l’événement au temps T) et qui devrait faire plonger le PS dans le « Moment Gilets Jaunes », à savoir se mettre au service, via son tissu d’élus locaux, d’un mouvement encore plastique et protéiforme, et surtout, à défaut d’en devenir le porte-parole naturel (ce qui est difficile) porter la critique radicale des atteintes aux libertés fondamentales et des violences manifestes des forces de l’ordre. Or, rien. Qu’Olivier Faure soit lié amicalement à Christophe Castaner semble avéré. Que les groupes socialistes du Palais du Luxembourg ou du Palais Bourbon ne disent mot de l’usage des armes mutilatrices employées depuis des semaines par les forces de l’ordre semble plus curieux.

Un parti isolé, hors-sol

Le PS est entre deux mondes. C’est là sa fragilité. Localement, à chaque déplacement du Président, il découvre, médusé, l’ampleur de ce qui, en son sein, constitue un véritable fractionnisme macroniste. Politiquement, nationalement, il ne parvient à se situer entre un espace contestataire écolo-démocratico-social et un grand centre libéral et européen autant tenté aujourd’hui par l’exercice de la contrainte qu’il le fut hier par celui de la fabrique d’un consentement, édifié sur les bases du désarroi civique devant la crise de régime.

C’est au fond cet entre-deux qui oblige le PS à discuter avec un collectif – Place Publique, présidé par Raphaël Glucksmann – afin de noyer (semble-t-il) son désarroi politique dans une alliance de circonstance avec CAP 21 de Corinne Lepage, le PRG résiduel, les quelques amis français de Yanis Varoufakis et la très confidentielle UDE. On l’a compris, le cœur du problème est politique. Le PS doit retrouver une analyse du monde (quid de l’atlantisme et du tropisme néocons des années passées), un dialogue avec la société, qu’il doit mobiliser – c’est-à-dire pour parler à l’ancienne – le « mouvement réel des masses » – et prendre position de façon à faire clivage face au gouvernement, c’est-à-dire en critiquant sa politique de maintien de l’ordre désormais aussi dépassée que dangereuse.

Ces clés pour l’action sont-elles à la portée du PS ? Rien n’est moins sûr. Il restait au moins au PS de 1969 une idéologie, un dialogue « idéologique » avec le PC, un personnel estimable – Mollet, Savary, Quillot – une opposition internet – le CERES, Chevènement, Motchane, Sarre – et un François Mitterrand attendant habilement dans le vestibule de la Cité Malesherbes. Rien d’équivalent ne permet d’espérer. Au fond, le PS est confronté au même défi que le jeune héros de « l’Histoire sans fin », film fantastique des années 80, il doit lutter pour que Le Néant ne l’emporte pas… De primes abords, c’est mal engagé.

Photo Aleksander GLOGOWSKI
Gaël Brustier 
Article tiré de Regards  le 13 février 2019

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s