« Street medics », dans la rue pour soigner les gilets jaunes

Une nouvelle procédure est engagée par un collectif d’avocats pour demander l’interdiction des grenades GLI-F4. Pendant ce temps, les équipes de street medics des gilets jaunes se préparent « au pire ».

« On va commencer par les protections, d’abord le casque : ici un casque de ski, parce qu’il protège mieux la nuque avec des sigles distinctifs, une croix bleue ou verte » ; ensuite « les lunettes, contre les lacrymo’ », et « un gilet, celui-là, je l’ai acheté dans un surplus et rempli de cartons, pensez à protéger tous les os saillants, les bras, coudes, genoux, tibias, et des chaussures de sécurité », conclut Maxence, en charge de la formation du jour.
Voilà pour la tenue « standard » des street medics, ces secouristes, infirmiers, aides-soignants, médecins, professionnels de santé, qui mettent leurs compétences au service des autres, lors des grandes manifs, un lourd sac à dos contenant le matériel de soins, en équipe de deux trois ou plus, prompts à intervenir en plein milieu d’une charge de CRS pour apporter assistance aux blessés. « Ceux qui forment le cordon de sécurité devront être particulièrement bien protégés, ce sont eux qui peuvent être en premier lieu touchés par un lanceur de balles (LDB) ».

Clarisse, jeune volontaire qui prend à peine ses marques au sein du groupe, reste un peu interloquée. Elle n’a pas signé pour s’en prendre une… Au fil de l’après-midi, les street medics vont tout passer en revue : des plaies simples à la prise en charge de « traumatismes à l’œil et crâniens », en passant par les hémorragies… « Lors d’une des dernières manifs à Marseille, un gilet jaune a été touché aux jambes par une grenade de désenclavement, qui disperse des petits bouts de caoutchouc, et il a dû passer au bloc pour se les faire enlever », rappelle le formateur.

Après quelques exercices pratiques de déplacements en groupe, les protagonistes se penchent tour à tour sur la trousse de premiers secours et enfin sur les deux mannequins… « Vous réagissez comment à la vue du sang ? », questionne Marc, qui trimballe avec lui quelques décennies d’expériences de premiers secours. Clarisse pâlit un peu plus. « je ne sais pas… ».

« De toute manière, comme les pompiers et les secouristes qui sont intervenus à Nice [lors de l’attentat de la promenade], nous ne sommes jamais vraiment préparés à ça… », tranche Agnès. « Nous avons affaire à des plaies, des blessures de guerre, faites par des armes. Quand il s’agit de membres ou de doigts sectionnés – par le souffle d’une grenade comme ce fut encore le cas samedi à Paris – ou des plaies occasionnées par les LBD », décrit-elle, « ce sont des blessures typiques d’un champ de guerre, des blessures que l’on ne voit jamais », constate-t-elle.

« J’ai manifesté depuis le début du mouvement, je suis pacifiste. Et si je suis ici, c’est parce qu’il y a un besoin, il y a des blessés à prendre en charge et à soigner. Et on a fabriqué ce besoin… » conclut Marc. Et à la question, pourquoi ne pas laisser faire les services de secours, la réponse est limpide : « Intervenir dans les 3 minutes joue à 40 % sur le devenir du patient », donc pour ces professionnels, il n’y a pas le choix.Il faut y être. Et « nous nous préparons au pire », glisse Maxence.

D’autant que « les armes » en question sont toujours utilisées, avec « le feu vert » du conseil d’État, qui a débouté la semaine dernière la demande de la Ligue des Droits de l’Homme et de la CGT d’interdire l’utilisation des LDB.

Un collectif d’avocats, devrait « dans les prochains jours » saisir lui aussi le Conseil d’État, pour demander l’interdiction des grenades GLI-F4, à l’origine de la blessure à la main d’un manifestant ce samedi à Paris lors l’Acte XIII des gilets jaunes. Cette « grenade lacrymogène instantanée (GLI) », et à effet de souffle, contient 25 grammes de TNT, elle est aussi sur la sellette pour sa dangerosité.Le défenseur des droits considérait, dans son rapport de décembre 2017, que « le recours aux armes de force intermédiaire dans les opérations de maintien de l’ordre soulève des problématiques récurrentes liées à la gravité des blessures qu’elles occasionnent ». Faudra-t-il un décès pour en finir avec pareil armement ?

Sylvain Fournier
Article tiré de la Marseillaise  le 13 février 2019

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s