Indemnisation du chômage des cadres – Vers une baisse du plafond ?

Après l’échec des négociations syndicats-patronat sur les nouvelles règles de l’assurance chômage, le gouvernement confirme son intention de pénaliser les entreprises abusant des contrats courts et sa volonté de durcir les règles d’indemnisation, en particulier pour les plus hauts salaires.

Le gouvernement n’en est pas encore à donner le détail de ses «solutions» sur les nouvelles règles de l’assurance chômage. Elles viendront, ont promis Edouard Philippe et Muriel Pénicaud ce mardi matin à Matignon, «très vite», après une nouvelle phase de «concertation», pour une mise en œuvre cet été. Mais après l’échec des partenaires sociaux à trouver un accord pour limiter les contrats courts et faire faire des économies à l’Unédic – l’exécutif réclame 1 milliard d’euros par an sur trois ans –, le Premier ministre et sa ministre du Travail semblent bien partis, notamment, pour plafonner davantage les indemnisations chômage des salariés les mieux payés.

«Nous devons revoir notre système qui permet d’obtenir des niveaux d’indemnisation pour les salaires élevés qui sont trois fois supérieurs à ce qui se passe chez nos voisins, a souligné Edouard Philippe. Les règles d’assurance chômage […] indemnisent en même temps à un niveau dépassant de très loin ce qui existe partout en Europe, et ce alors même que le marché du travail des cadres est au plein-emploi.» Sa ministre est allée plus loin dans le détail, rappelant le côté «atypique» de la France : chez nous, «le plafond d’indemnisation est de 7 700 euros»tandis que, dans le «deuxième pays [le plus indemnisateur] en Europe, le Danemark», a poursuivi Pénicaud, ce même plafond est «de 2 700 euros par mois». «On voit bien qu’il y a une singularité française – ça ne veut pas dire qu’on va copier ce qui se passe ailleurs»,a tempéré la ministre tout en laissant clairement entendre que cette piste d’une baisse du plafond d’indemnisation – actuellement fixé à 7 700 euros donc – semblait tenir la corde. Ces derniers mois, dans les rangs de la majorité, on plaidait pour une autre option : la «dégressivité» – soit une période d’indemnisation moins longue – de ces mêmes indemnisations versées aux chômeurs qui avaient des salaires élevés.

«Plus l’indemnisation est élevée, plus il y a une incitation à rester longtemps au chômage», a plaidé Pénicaud. Pour elle, il est donc «légitime», compte tenu d’une «situation de quasi plein-emploi» chez les cadres selon elle, de regarder si «les règles d’indemnisations doivent être exactement les mêmes» lorsque «d’autres demandeurs d’emploi […] ont absolument besoin de la solidarité nationale, de façon plus longue».

Comme pour le bonus-malus sur les contrats courts et l’ajustement de règles d’indemnisations pour «que le travail paie toujours plus que le chômage», a insisté Philippe, les «détails» de cette réforme – qui ne demandera «aucune mesure législative nouvelle», a précisé Pénicaud – viendront donc plus tard. Mais selon des chiffres de l’Unédic cités cette semaine par le quotidien économique les Échos, fixer un plafond d’indemnisation chômage à trois fois celui de la Sécurité sociale (soit 5 775 euros par mois) permettrait de réaliser 137 millions d’euros d’économies chaque année. A deux fois et demie le plafond, on serait à 285 millions d’euros mais avec une indemnité chômage maximum de 4800 euros par mois.

Quant au principe du bonus-malus sur les contrats courts cher au président de la République, et dont le patronat ne veut absolument pas, Edouard Philippe a rappelé qu’«à ce stade»«personne» ne lui avait «proposé […] une meilleure solution». «Donc l’instrument est sur la table», a confirmé le chef du gouvernement, qualifiant la mesure de «contrepartie» demandée aux chefs d’entreprise aux ordonnances Pénicaud de 2017 qui leur ont assuré «plus de souplesse et de sécurité».Enfin, regrettant l’échec des négociations entre partenaires sociaux sur ce chapitre, le Premier ministre a tenu à rassurer syndicats et patronats qui s’interrogent sérieusement sur l’avenir du paritarisme français et s’inquiètent de voir l’Etat prendre les commandes de l’Unédic : «Nous ne nous posons pas [sa] question de la gouvernance de l’Unédic, a-t-il juré.Elle n’est pas dans le champ de notre réflexion.» Un problème à la fois…

Photo : AFP – Christophe Archambault
Lilian Alemagna
Article tiré de Libération le 26 février 2019

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