Lutte anti-braconnage – Espoir pour les lions, éléphants et girafes d’Afrique de l’Ouest

L’ONG française Wildlife Angel formera 100 éco-gardes et assurera la protection de trois parcs au Niger et au Burkina Faso.

Bonne nouvelle pour les derniers lions, guépards, éléphants et girafes d’Afrique de l’Ouest. La jeune ONG Wildlife Angel, créée en 2015 dans le but de défendre la faune africaine en danger, vient d’être chargée d’assurer la protection de trois parcs d’Afrique de l’Ouest s’étendant sur plus de 5 300 km² : le parc du W au Niger, le parc du W au Burkina Faso et le parc national d’Arly, également au Burkina Faso.

100 éco-gardes

Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, cette zone abrite 90% des quelques centaines de lions d’Afrique de l’Ouest restant à l’état sauvage. On y croise aussi girafes, éléphants, buffles, hippopotames, guépards, léopards, hyènes, antilopes… Les autorités du Burkina Faso et du Niger, avec le soutien financier de l’Union européenne (via la GIZ, équivalent allemand de l’Agence française de développement), ont confié à Wildlife Angel la mission de recruter 100 éco-gardes, de les former aux techniques d’anti-braconnage, de les équiper et d’organiser la protection de la zone.

«L’idée est de professionnaliser la lutte anti-braconnage : former des éco-gardes, puis des chefs d’équipe et des instructeurs locaux, nigériens, burkinabés, capables ensuite de prendre le relais, d’être autonomes», explique Serge Lopez, un ancien militaire qui a fondé l’ONG après avoir été bouleversé par une rencontre avec un rhinocéros mutilé par des braconniers et agonisant dans une mare de sang.

Une approche très différente de celle d’African Parks, une société sud-africaine qui assure la protection de nombreux parcs africains. «Ils ont de bons résultats, mais avec une démarche un peu néocolonialiste, type « poussez-vous, vous n’êtes pas capables, on va vous montrer », et ils prennent le contrôle complet du parc pendant vingt ans, expose Serge Lopez. Nos méthodes sont tout aussi efficaces mais nous préférons travailler avec les autorités coutumières, les chefs de villages, les gouvernements, les communautés locales.»

Jihadistes

La tâche de Wildlife Angel ne sera pas évidente. Depuis l’été dernier, les jihadistes ont commencé à investir l’est et le sud-est du Burkina, à attaquer des gendarmeries, des camps de brousse, à truffer les routes d’explosifs improvisés… Résultat ? Les touristes ont fui, y compris les chasseurs de trophées. Un répit pour les lions, antilopes ou buffles ? Pas forcément.

«Les jihadistes ont pris le contrôle de l’orpaillage illégal qui sévit dans cette région. En contrepartie, ils garantissent aux populations locales de chasser librement dans toutes les zones, cynégétiques, parcs nationaux, réserves, etc., rapporte Serge Lopez. Et aujourd’hui, personne n’est capable de nous dire quelle est la situation faunique sur place, personne ne sait combien d’animaux ont été abattus. Car depuis environ octobre, plus aucun garde forestier traditionnel n’est dans le parc. Ils ont fui.»

S’il est «hors de question» d’envoyer les éco-gardes formés par Wildlife Angel sur la zone avant que la menace jihadiste ne soit éliminée, la formation a toute de même été renforcée en conséquence. «On a ajouté des modules, par exemple pour sensibiliser aux corps ou aux animaux piégés : si nos gars trouvent une antilope ou un autre animal mort, il n’est plus question qu’ils le touchent, ils devront suivre une procédure qui permettra avec un grappin et un 4×4 de retourner l’animal, au cas où», explique Serge Lopez.

Espoir

Malgré les difficultés, Wildlife Angel a bon espoir de réussir sa mission. L’ONG, qui compte une dizaine de formateurs et une trentaine de bénévoles, affiche déjà plusieurs succès à son tableau de chasse. En 2016, elle a par exemple formé dix rangers dans une réserve privée de Namibie abritant plus d’une centaine de rhinocéros. «Trois ans après, aucun animal n’y a été blessé ou tué», se félicite Serge Lopez.

Celui-ci fait aussi état de «bons résultats» depuis la formation des vingt éco-gardes de la «brigade félins» en 2016, dans le parc W au Niger, et celle de 24 autres éco-gardes en 2017 au Burkina, où un campement illégal comptant des milliers d’orpailleurs menaçait la faune. En 2017, l’ONG a aussi formé des rangers en République Démocratique du Congo pour protéger les réintroductions en forêt de bonobos récupérés sur les marchés de Kinshasa, où ils sont vendus comme animaux de compagnie destinés à la Chine.

La mission de Wildlife Angel au Niger et au Burkina devrait durer toute l’année 2019, et probablement au-delà. «Le représentant de l’Union Européenne que j’ai vu au Burkina en février m’a dit qu’il souhaite qu’elle s’inscrive dans la durée, au moins quatre ou cinq ans», raconte Serge Lopez. Et l’ONG est de plus en plus sollicitée. Derniers appels à l’aide en date : ceux du parc national de la Comoé, en Côte d’Ivoire, et du parc de la Boubandjida, au Cameroun, où 250 éléphants ont été massacrés en quelques jours en 2012 par les miliciens janjawid du Soudan.

Serge Lopez en est ravi, mais avoue «un problème de capacité à répondre : il faut former plus de gens à notre méthode, ça prend du temps». Et de l’argent. L’ONG, qui ne fait aucun bénéfice et fonctionne grâce aux dons de particuliers et à un peu de mécénat d’entreprise, aimerait que l’Agence française de développement lui accorde un jour des fonds.

Photo : AFP – Stéphane de Sakutin
Coralie Schaub
Article tiré de Libération  le 26 février 2019

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