« La jeunesse du peuple algérien, c’est ça notre force »

Des milliers de personnes se sont rassemblées, ce dimanche, place de la République à Paris, pour dénoncer la cinquième candidature d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Algérie. Reportage.

« Bouteflika dégage ! », « pouvoir assassin », « Algérie – démocratie ! » : au milieu des drapeaux algériens, des drapeaux berbères et des caricatures d’Abdelaziz Bouteflika, entre les éclats de rires, les youyous et les klaxons, les slogans fusent place de la République à Paris.

Tous réclament en choeur et chants une nouvelle Algérie, une Algérie « moderne », un président « jeune » et « le respect des droits fondamentaux ». Ainsi de Saphoura, 20 ans, qui est venue avec son père : « On est ici pour soutenir le peuple algérien. Pour leur montrer qu’on est avec eux même si on est de l’autre côté de la Méditerranée. »

Souvent en famille ou entre amis, l’objectif va bien au-delà du simple dégagisme de l’actuel pouvoir en place. Comme nous le rappelle Abdelaziz (sic !), 26 ans, venu avec une bande d’amis : « Oui, bien sûr, la goutte d’eau, c’est Bouteflika qu’on essaie de nous refiler pour la cinquième fois. Mais c’est tout le système qui est pourri. Et c’est pour cela qu’on se mobilise. »

« La place du FLN, c’est dans un musée »

Les discussions en français, en arabe, en berbère ou souvent, les trois à la fois, vont bon train dans la foule dense. Tous s’accordent sur l’immobilisme du pouvoir et la catastrophique propension de ceux qui gouvernent à s’accrocher à leurs places. Mais c’est lorsqu’il s’agit de discuter l’héritage du Front national de libération (FNL) que les avis divergent – et que la fracture se fait générationnelle.

D’un côté, les plus âgés, qui ont connu la guerre d’indépendance et qui rappellent l’importance qu’a eu le mouvement pour les libérer du joug colonial : « Le programme du FLN était un programme patriote et puissant. On aurait pu être une grande Algérie si on avait suivi ce que les premiers avaient imaginé. »

De l’autre, les plus jeunes, ces moins de trente ans qui n’ont connu qu’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir en Algérie. « La place du FLN, c’est dans un musée » affirme Sophia, 26 ans. Elle fait partie d’une génération qui ne comprend pas les atermoiements de ses aînés et qui est beaucoup plus dure avec ce qui fait le suc du pouvoir en place. « Ce que l’on veut, c’est simple, c’est la possibilité d’être. Et d’être librement : de pouvoir imaginer le projet que l’on veut, de pouvoir voter pour qui l’on veut » nous rappelle Hakim, 23 ans.

L’alternance politique en ligne de mire

Finalement, l’objectif, c’est d’envisager concrètement la possibilité d’une alternance politique. Et la question n’est pas alors de disserter des heures sur qui pourrait remplacer Bouteflika ou quel programme pourrait prendre le relais. « On veut déjà pouvoir espérer autre chose. Or aujourd’hui, ce n’est pas le cas » continue Hakim.

« On essaie de se battre pour qu’on puisse avoir un débat national, un vrai débat national. Mais pour ça, il faut que le pouvoir actuel dégage » rappelle Kenza, 28 ans. « En Algérie, l’état du système éducatif, du système de santé, des routes, des infrastructures de transports : tout ça, c’est la catastrophe. Et le pire, c’est qu’on n’a même pas la possibilité de dire que c’est la catastrophe » poursuit-elle.

« Nous sommes les enfants de la liberté ! » crie Sophia. Et cet après-midi, sur la place de la République, la foule vibrait de cet espoir de liberté, en résonance avec ces centaines de milliers de personnes qui défilent depuis maintenant plusieurs jours en Algérie. Mais le régime de Bouteflika est loin d’avoir cédé. « Le plus grand risque, c’est qu’il n’admette pas l’évidence qu’il a sa population contre lui et que cela dégénère ».

« L’Algérie n’est pas une démocratie », comme nous le rappelait le journaliste spécialiste du monde arabe Akram Belkaïd dans la Midinale du mardi 26 février. Va-t-elle néanmoins réussir à assurer le respect de l’Etat de droit ? Rien n’est moins sûr mais les Algériens et les Franco-algériens qui s’étaient réunis aujourd’hui en portaient au moins l’espoir. Un éventuel report de l’élection présidentielle saura-t-il calmer les esprits ? Rien n’est moins sûr car le mouvement semble vouloir se maintenir et l’aspiration au changement pourrait bien conduire les autorités algériennes à revoir leur copie. Mais sont-elles prêtes à concéder la démocratie et l’Etat de droit ?

Pablo Pillaud-Vivien
Article tiré de Regards  le 3 mars 2019

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