L’Estonie touchée à son tour par la percée de l’extrême droite

Le Parti conservateur d’Estonie a triplé son score aux législatives de dimanche en usant d’une rhétorique antirusse, antimigrants et antieuropéenne, sans pour autant bouleverser le paysage politique qui a vu la victoire de l’opposition libérale.

L’Estonie aux Estoniens. Tel pourrait être l’un des slogans de la formation d’extrême droite eurosceptique qui a fait une remarquable percée aux élections législatives du dimanche 3 mars. Dans le petit pays balte d’1,3 million d’habitants, pourtant profondément pro-européen, Ekre (Parti conservateur d’Estonie) a triplé son score par rapport aux élections de 2015 et obtenu 19 sièges sur les 101 que compte le Parlement estonien, soit 12 de plus qu’auparavant.

Ces résultats, certes préoccupants, ne bouleversent pas encore le paysage politique de l’Estonie. C’est le parti libéral d’opposition «la Réforme», conduit par l’ancienne députée européenne Kaja Kallas, qui a raflé la mise et devrait occuper 34 sièges, soit quatre de plus que dans la chambre précédente. Le Centre du Premier ministre sortant Juri Ratas, arrivé deuxième, en aurait 26. Les deux partis n’ont pas totalement exclu la possibilité de gouverner ensemble, en rejetant celle de s’allier à Ekre dans une coalition gouvernementale.

«Les gays, l’immigration…»

Crédité de 20 % des votes avant le scrutin, Ekre s’est appuyé sur un électorat essentiellement rural, en cultivant les thématiques populistes traditionnelles, baisse des impôts, augmentation des dépenses sociales et rhétorique antimigrants. Fondé en 2013, Ekre est dirigé par un ex-ambassadeur d’Estonie à Moscou, Mart Helme. Son fils, Martin Helme, numéro 2 du parti, nationaliste fervent et résolument antirusse, estime que l’Estonie doit être estonienne, il souhaite que le pays se protège contre l’ennemi juré qu’est la Russie – alors qu’un quart de la population est russophone – et s’émancipe de sa dépendance à l’égard de l’Union européenne (UE) et ses pratiques déviantes. «Les gays, l’immigration, les dogmes libéraux, qu’on nous impose. Ça rappelle aux gens l’URSS, avec ses méthodes similaires de pression idéologique», a-t-il dit dans une interview à l’antenne locale de la BBC.

Ekre agite l’épouvantail des migrants, bien que l’Estonie n’a pas accueilli plus de 200 Syriens sur les 600 que Bruxelles lui avait attribués dans le cadre de la politique des quotas, et la moitié sont déjà repartis. Mais la menace viendrait aussi du côté des voisins slaves. Selon Helme, près de 50 000 russophones (Russes, Ukrainiens, Biélorusses) sont entrés en Estonie l’an passé, en créant «une forte pression démographique».

Pour les observateurs, la popularité croissante d’Ekre repose sur une intense activité sur les réseaux sociaux, les inégalités au sein de la société estonienne, la pauvreté des régions contrastant avec l’opulence de la capitale, la peur des migrants et le traumatisme historique lié à l’URSS, ainsi qu’une tentation qui se généralise en Europe pour les idées radicales et populistes. Son bon score aux législatives augure de celui qu’il peut obtenir aux européennes de mai.

Photo : Tanel Meos
Veronika Dorman
Article tiré de Libération  le 4 mars 2019

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