De Marseille à Alger, ils disent stop à Bouteflika

Au terme d’une folle semaine, l’Algérie est désormais à un moment clef de son histoire. Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, a maintenu sa candidature dimanche. Il promet, s’il est élu le 18 avril, « des élections anticipées auxquelles il ne participera pas» . Des dizaines de milliers de citoyens ont protesté à Alger, Oran, Annaba, Paris ou Marseille contre un 5e mandat.

Un demi-recul pour mieux garder la main. Dimanche, Abdelaziz Bouteflika, a annoncé le maintien de sa candidature à un 5e mandat pour l’élection présidentielle du 18 avril mais promis, s’il est élu, il y aura « des élections anticipées » auxquelles il ne sera pas candidat. Les autorités « espèrent tenir jusqu’à dimanche, avec l’espoir qu’une fois la candidature de Bouteflika actée et rendez-vous donné dans les urnes, la contestation s’essoufflera », a expliqué à l’AFP, avant les derniers défilés en date, un observateur ayant requis l’anonymat.

Après les manifestations monstres du 22 février et du 1er mars, ayant rassemblé jusqu’à 10 millions de citoyens selon plusieurs observateurs, l’Algérie était comme en suspens, en ce dimanche si crucial pour l’avenir du pays. Et autour de 19h30, l’annonce de Bouteflika maintenant sa candidature… « Il compte se faire réélire pour faire en sorte que le prochain candidat soit approuvé par son clan, c’est loin de résoudre la crise », pense Abelaziz Yacoubi, qui a participé aux manifestations.

À Alger, des étudiants qui avaient appelé à manifester ont été enfermés dans leur fac par des policiers qui ont cadenassé l’entrée des établissements. Certains ont tout de même réussi à protester devant le Conseil Constitutionnel. À Oran et Annaba (situé à 400 km d’Alger), des manifestations se sont déroulées dans le calme face à un fort dispositif policier. À Paris ou à Marseille, des milliers d’Algériens ont manifesté aux cris de « pouvoir assassin ! » et « FLN dégage ! » afin d’empêcher la réélection d’Abdelaziz Bouteflika.

82 ans et en fauteuil roulant

Pourtant, le président Algérien, qui a fêté samedi ses 82 ans, actuellement à Genève en Suisse pour « des soins périodiques », a donc bel et bien décidé de présenter sa candidature à l’élection présidentielle du 18 avril. Cloué à son fauteuil roulant depuis un grave accident vasculaire cérébral survenu en 2013, il n’a pas prononcé le moindre discours depuis… 2012. « Le président prend le risque de mettre le feu aux poudres. Le pouvoir joue un jeu dangereux. Il devra en assumer toute la responsabilité », indique Meriem Saïdani, membre du conseil politique du parti Jil Jadid (Nouvelle Génération). Samedi, Abdelaziz Bouteflika a licencié son directeur de campagne, Abdelmalek Sellal, un ancien premier ministre qui avait animé les trois dernières campagnes victorieuses (2004, 2009, 2014). Celui-ci a été remplacé par le ministre des Transports, Abdelghani Zaalane, âgé de 54 ans, il est peu connu du grand public, a simplement annoncé l’agence APS dans un communiqué, citant « la direction de campagne du chef de l’État ». Aucune justification n’a été avancée pour expliquer ce limogeage. Abdelghani Zaalane s’est présenté dimanche au Conseil Constitutionnel pour déposer le dossier de candidature ainsi qu’une lettre d’Abdelaziz Bouteflika, toujours en Suisse à l’heure où nous écrivons ces lignes.

La polémique autour de la nécessité de la présence du candidat fait rage. Pour Abdelwahab Derbal, président de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE), le dossier de candidature à l’élection présidentielle « doit être déposé par le candidat lui-même ». De son côté, l’agence officielle APS a publié une dépêche dans laquelle elle explique que la loi électorale ne conditionne pas le dépôt du dossier de la candidature par… la présence du candidat lui-même.

Dans le même temps, le Part i des Travailleurs (PT), formation d’extrême-gauche, a annoncé dimanche qu’il renonçait à présenter un candidat. Tout comme Ali Benflis, principal adversaire de Bouteflika aux présidentielles de 2004 et 2014. Abdelaziz Belaïd, ancien du Front de libération nationale (FLN), le parti présidentiel, Abdelkader Bengrina, président du Mouvement El Bina (islamiste) ont, eux, annoncé le dépôt de leur candidature. Rachid Nekkaz, franco-algérien énigmatique, très présent sur les réseaux sociaux, ne semble pas remplir les conditions pour une candidature. Une fois les dossiers déposés, le Conseil constitutionnel a jusqu’au 10 mars pour statuer sur leur validité.

Appel à la grève générale

Devant cette situation de blocage, comment sortir de la crise ? Mostefa Bouchachi, avocat et défenseur des droits de l’homme plaidait hier dans le quotidien El Watan, pour une annulation de l’élection et la formation d’un gouvernement d’union nationale. « On ne peut pas croire que ces gens qui ont toujours travaillé pour le pouvoir et fraudé pour le pouvoir puissent organiser des élections libres », justifie-t-il.

Quelle que soit l’issue, les Algériens semblent en tout cas déterminer à contrer les projets du pouvoir. « Ça fait 20 ans qu’on se tape Bouteflika, il y en a marre de ce pouvoir. Nos enfants ont le droit de connaître autre chose », soutient Nabil, qui manifestait hier avec son fils à Marseille. « Il y a une solidarité incroyable. C’est un mouvement citoyens et ça doit le rester », dit Abdelaziz Yacoubi. « Il va falloir maintenir la pression sur le conseil constitutionnel. Le pouvoir doit entendre le peuple. On n’avait jamais vu un tel rassemblement depuis l’indépendance », lâche Meriem Saïdani.

Plusieurs syndicats autonomes ont annoncé vouloir lancer une grève générale dans les jours prochains. Et Abdelaziz de conclure : « C’est quitte ou double maintenant ».

Marius Rivière avec AFP
Article tiré de la Marseillaise  le 5 mars 2019

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