« Sur l’UE, Mélenchon ne fait plus référence à la stratégie « plan A, plan B » »

En réponse à Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon a écrit une tribune intitulée « Sortez des traités, stupides   ! » et publiée par Libération le 10 mars. Pierre Khalfa, co-président de la Fondation Copernic, nous aide à la décrypter.

Regards. Qu’avez-vous pensé de cette tribune ?

Pierre Khalfa [1]. Fondamentalement, c’est une très bonne tribune. Elle pointe l’essentiel des enjeux européens : rompre avec l’Europe néolibérale et antidémocratique dans la perspective d’une Europe solidaire, respectant les impératifs écologiques. Cette Europe nous entraîne dans une spirale sans fin de récession économique et sociale. On voit bien que les dirigeants européens pensaient retrouver un cycle de croissance avec leurs programmes économiques, or, on est à la veille d’une stagnation économique, ou pire, d’une nouvelle récession.

Qu’est-ce qui a évolué dans le discours de Jean-Luc Mélenchon sur l’Union européenne (et qu’est-ce qui n’a pas changé) ?

Ce qui m’a frappé, c’est l’absence à toute référence à la stratégie « plan A, plan B » qui faisait l’objet d’interprétations contradictoires. Là, les choses sont assez claires, il s’agit de rompre avec les traités européens dans la perspective d’une refondation, d’une bifurcation dans la construction européenne.

Jean-Luc Mélenchon écrit que le « préalable » à toute autre politique européenne est la sortie « des traités qui organisent l’UE ». Est-ce possible sans quitter l’UE ?

Oui, c’est tout à fait possible. On peut désobéir à l’UE et aux traités. On peut aussi obtenir, dans le cadre de négociations, des dérogations par rapport à l’application des traités. Le Royaume-Uni a bien exigé de ne pas être soumis aux quelques petites règles sociales de l’UE. Il faut mettre en oeuvre un programme de rupture avec le néolibéralisme ce qui suppose créer un rapport de force avec les institutions européennes. Mais lorsqu’on engage un bras de fer, on ne peut pas en prévoir l’issue. Quitter l’UE ne peut pas être un préalable, ni un objectif, mais ça peut être une conséquence d’une bataille politique à un moment donné.

Que penser des affirmations : « La peur des Russes est absurde  ! Ce sont des partenaires naturels. » et « il est possible de commencer un nouvel âge de la civilisation humaine. On le peut ici sur le continent le plus riche, le plus instruit. S’il assume un protectionnisme négocié avec le monde, il fera de telles normes humanistes une nouvelle ligne d’horizon commun pour des milliards d’êtres humains. » ?

Jean-Luc Mélenchon sous-estime l’expansionnisme et le nationalisme russe. La Russie, qui n’est pas aujourd’hui un Etat démocratique, fait peser une menace sur les libertés démocratiques de ses voisins. Évidemment, la Russie est un « partenaire », mais les Etats-Unis aussi et ça n’empêche pas de dénoncer l’impérialisme américain. On ne peut pas dire aujourd’hui que la Russie, tant en Europe qu’au niveau mondial, joue un rôle positif dans les rapports entre les nations.

Sur le protectionnisme, il y a là une vieille divergence. La mise en place de mesures protectionnistes aggraverait sensiblement la guerre commerciale entre les nations, car les pays qui y seraient confrontés mettraient en place des mesures de rétorsions et feraient payer d’une manière ou d’une autre aux salariés le différentiel de compétitivité ainsi créé. De plus, protéger, par exemple, les entreprises françaises des importations issues des pays à bas coût ne garantira en rien que la situation de leurs salariés s’améliorera. La déflation salariale et le chômage de masse n’ont pas attendu le développement du libre-échange mondialisé pour s’imposer et les délocalisations ne sont pas la principale cause du développement du chômage en France. Il faut sortir du dilemme entre protectionnisme et libre-échangisme avec, par exemple, des mesures comme des taxes sur la distance de transport des marchandises – au nom des coûts écologiques de transport – ou interdire l’importation de produits issus de processus de fabrication nocifs pour la santé.

 

Notes

[1] Co-auteur du livre Cette Europe malade du néolibéralisme. L’urgence de désobéir. Editions Les liens qui libèrent, à paraître le 20 mars.

Propos recueillis par Loïc Le Clerc
Article tiré de Regards  le 11 mars 2019

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