Macron est-il sourd à l’urgence écologique, ou s’en moque-t-il éperdument ?

Manifs, tribunes, appels… La mobilisation pour le climat est à un niveau jamais égalé. Mais Emmanuel Macron, tel le « Che » de l’écologie, a fait sienne cette maxime : « Soyons réalistes, remettons à demain ».

« Make our planet great again ». Nous sommes en juin 2017. Emmanuel Macron entame à peine son mandat et frappe un grand coup en organisant à Paris le « One Planet Summit ». Et alors que les Etats-Unis viennent d’annoncer leur intention de quitter les accords de Paris sur le climat, le Président français détourne le slogan de campagne de Donald Trump – Make America great again – pour se faire le parangon de l’écologie.

Ça eut marché. Emmanuel Macron passe même pour le leader mondial de la lutte contre le dérèglement climatique, au point de recevoir, en septembre 2018, le prix de « champion de la Terre » à l’ONU. La presse a des cœurs dans les yeux.

En France, la « blague » est de plus courte durée. La présence de Nicolas Hulot a, certes, joué en sa faveur. Mais son départ avec fracas à la fin de l’été 2018 fit alors l’effet d’une grande révélation : Macron n’est pas un écolo. S’en suit l’arrivée au ministère de l’Écologie de François de Rugy, de la lobbyiste pour Danone Emmanuelle Wargon puis de Didier Guillaume à l’Agriculture – celui qui pense que le vin n’est pas un alcool comme les autres. Le cap a changé, ou du moins, il ne sent plus l’Ushuaia.

Le macronisme est dangereux pour la santé

Est-ce de la realpolitik ? De la mauvaise foi ? Une goût trop prononcé pour le business ? Quoi qu’il en soit, Emmanuel Macron parle bien mieux d’écologie qu’il n’agit en sa faveur.

Les émissions de gaz à effet de serre de l’hexagone ne cessent de croître. La promesse de la « neutralité carbone » à l’horizon 2050 relève du fantasme. Sur le nucléaire, le gouvernement à beau afficher son intention de réduire notre dépendance à 50% de la production d’électricité d’ici 2025, les fermetures de centrales sont renvoyés à des jours lointains, dix ou quinze ans – on apprécie la précision –, d’ailleurs, la tendance est plutôt à la construction d’EPR qu’au démantèlement des vieilles centrales. L’interdiction du glyphosate d’ici 2021 n’est plus tenable, aux dires du Président.

Quant à la question des transports, Macron a déclenché les foudres des gilets jaunes avec sa « taxe carbone », sans toucher au kérosène des avions et des cargos – que les habitants de la côte Atlantique pourront apprécier dans les jours qui viennent. La réduction du fret par la SNCF montre la voix : un mur de pollution.

Mais rassurez-vous, Macron s’occupe avec la même vigueur des « fins de mois »que de la « fin du monde ».

La maison brûle, Macron parade

Le printemps social sera chaud, au moins tout autant que le fut l’hiver. Ce samedi 16 mars verra la convergence des marches pour le climat, du mouvement contre les violences policières et des gilets jaunes à l’occasion de la « marche du siècle ». Déjà, depuis plusieurs mois, les marches pour le climat et les « grèves scolaires » prennent une ampleur inégalé, un peu partout dans le monde. Et ça continue ce vendredi 15 mars !

Sur le plan des idées, ça fuse. En vrac ces dernières semaines : le « Manifeste pour une justice climatique » de l’association Notre affaire à tous, la pétition « L’Affaire du siècle » initiée par les ONG La Fondation pour la nature et l’homme, Greenpeace France, Notre affaire à tous et Oxfam France (plus de deux millions de signatures !), l’appel « Pour un plan d’urgence climatique et social ! » lancé par les partis de gauche, le « pacte écologique et social » lancé par 19 ONG et syndicats dont la CFDT et Nicolas Hulot (tiens, le revoilà !), la tribune « Pour un printemps climatique et social » signée, notamment, par ATTAC, Oxfam et la CGT, l’appel d’Alternatives économiques « Libérons l’investissement vert ! », sans parler des appels d’innombrables scientifiques sur la question climatique (voir ici et là).

Selon La Tribune« plus d’une centaine de députés français de tous bords ont eux aussi réclamé à leur gouvernement plus d’ambition dans les énergies renouvelables ». Et que répond à tout cela François de Rugy, ce 14 mars à L’Opinion ? Il salue la « montée en puissance de la mobilisation de beaucoup de citoyens en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique ». Merci François !

Pendant ce temps-là, Emmanuel Macron est au Kenya pour la troisième édition du « One Planet Summit ». Le « champion de la Terre » a défendu son titre en permettant notamment aux « champions de l’écologie » que sont Vinci, GE-Alstom et Airbus de signer pour deux milliards d’euros de contrats.

Le retour à la maison s’annonce moins clinquant car, ce jeudi 14 mars, les quatre ONG à l’origine de « L’Affaire du siècle » vont déposer un recours contre l’Etat pour « inaction climatique ». Emmanuel Macron a d’ailleurs déjà réagi, déclarant ne pas y voir « les tenants et les aboutissants » et appelant à « arrêter ces bêtises ».

De plus, le Président ne « pense pas » qu’il y aura un « débouché judiciaire ». On lui parle du sang contaminé ? Des algues vertes ? Des boues rouges ?

En attendant, faisons plaisir à Macron qui se réjouit des mobilisations de ce long week-end, et faisons transpirer l’exécutif de ce pays !

Loïc Le Clerc
Article tiré de Regards le 14 mars 2019

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