Et si les gilets jaunes avaient sauvé l’économie française ?

Selon les dernières prévisions de la Banque de France, la croissance française se maintiendrait à 1,4% en 2019, grâce… aux mesures d’urgences votées fin décembre et destinées à calmer la crise des ronds-points.

Les «gilets jaunes» sauveurs de l’économie française ? On peut légitimement poser cette question, volontairement provocatrice, après la publication par la Banque de France, jeudi soir, de ses nouvelles prévisions macroéconomique. L’institution évoque ainsi des taux de croissance pour le pays compris entre 1,4% et 1,5% entre 2019 et 2021. C’est, certes, bien moins que le 1,7% sur lequel comptait encore le gouvernement fin 2018 et inscrit en loi de finances pour cette année mais bien plus que le petit 1% anticipé par l’OCDE pour l’ensemble de la zone euro. «Dans un contexte plus incertain, la croissance française ferait preuve de résilience», écrit le banquier central dans sa note. Pour quelles raisons ?

La Banque de France parle pudiquement de «mesures dites MUES». «MUES» ? «Mesures d’urgence économiques et sociales», soit celles annoncées par Emmanuel Macron mi-décembre sous la pression des gilets jaunes puis votées en catastrophe par le Parlement avant Noël pour tenter de calmer la colère sur les ronds-points. «L’activité en France devrait certes pâtir de la faiblesse de la demande de ses partenaires commerciaux mais bénéficierait en revanche du net rebond du pouvoir d’achat et de la consommation des ménages, soutenus par la baisse du prix du pétrole en fin d’année dernière et les mesures budgétaires importantes votées en décembre», peut-on également lire dans cette même note.

Redémarrage de la consommation

Hausse de la prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, prime défiscalisée versée par certaines entreprises, annulation de la hausse de CSG pour une grande partie des retraités… En tout, 10 milliards d’euros en faveur des ménages injectés dans l’économie, financés à la fois par des recettes supplémentaires (plus de 2 milliards d’euros) sur les très grandes entreprises (taxe Gafa et petite pause dans la baisse de l’impôt sur les sociétés) et des économies budgétaires encore non connues (1,5 milliard). Financés aussi – et surtout – en puisant dans le déficit public, lequel, selon le gouvernement, atteindra en 2019 non pas les 2,8% de PIB prévus en loi de finances mais 3,2% du PIB.

«A partir du début de cette année, la consommation des ménages gagnerait nettement en vigueur, soutenue par le dynamisme encore accru du pouvoir d’achat», écrit encore la Banque de France. «La consommation des ménages», moteur traditionnel de la croissance française restée désespérément en panne – au grand dam du gouvernement – une grande partie de l’année 2018, «accélérerait donc en 2019, mais se maintiendrait également à un rythme soutenu en 2020».

Si les commerces ont pâti des blocages et manifestations hebdomadaires de gilets jaunes, ils devraient donc eux aussi profiter, dans un second temps, du «pouvoir d’achat» rendu aux ménages grâce – notamment – aux mesures d’urgence. Comme quoi, un «choc de demande» peut aussi, en période de gros temps économique international (sanctions américaines, ralentissement allemand, Brexit…), aider au maintien de l’économie française. Les «gilets jaunes» sauveurs de l’économie française ? Peut-être… En tout cas, sans leur mobilisation, Emmanuel Macron et son gouvernement n’auraient jamais fait ces choix-là.

Photo : AFP – Kenzo Tribouillard
Lilian Alemagna
Article tiré de Libération  le 15 mars 2019

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