Loi Santé – Le mensonge d’un accès aux soins pour tous

Hôpital en crise, soignants en souffrance et patients exclus des soins : les problèmes de fond auquel ne répond pas le projet de loi Santé dont l’examen a commencé, lundi. 23 articles et 1700 amendements sont au menu.

« Je mesure combien l’attente est grande (…) Je vais tout faire pour répondre à l’angoisse de désertification médicale et répondre aux besoins de reconnaissance des professionnels » : Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a introduit ainsi la présentation de sa loi Santé, lundi, à l’Assemblée nationale. Les députés ont jusqu’à mardi prochain, date du vote solennel, pour examiner 23 articles et… plus de 1700 amendements.

Le texte n’est qu’un volet de la grande réforme annoncée par Emmanuel Macron en septembre car la volonté de réformer les études de médecine avait besoin de ce passage anticipé. La fin du numerus clausus n’est cependant pas le seul objet de ce texte qui aborde également le dispositif des médecins adjoints (des jeunes en fin d’étude ayant le droit d’exercer dans les zones tendues), la dématérialisation des pratiques, la création d’hôpitaux de proximité et la mise en place de projets territoriaux de santé. Sans oublier la future carte d’hospitalisation mais qui est renvoyée à des ordonnances ultérieures.

Sujet crucial pour les Français, l’accès aux soins a été mis en haut du panier dans les propositions émanant du grand débat. Pas question cependant pour le gouvernement de contraindre à l’installation dans les déserts médicaux en début de carrière, même si la mesure est plébiscitée par 84 % des Français dans un sondage demandé par la Fédération hospitalière française. « Simpliste », a rétorqué la ministre Buzyn. Sa réponse consiste à ouvrir les vannes de la formation, à continuer les incitations financières (vieille pratique n’ayant jamais réellement porté ses fruits), à promouvoir la télémédecine ou le télé soin, son pendant pour les paramédicaux, et à compter sur les pharmaciens qui vont pouvoir devenir prescripteurs de certains médicaments.

« Les zones rurales devront se contenter d’une médecine à distance », déplore l’insoumise Caroline Fiat avant d’interroger : « En autorisant la pratique de dépassement d’honoraire dans les établissements de santé collectifs, en fermant des hôpitaux et des maternités, et en favorisant une médecine libérale moins bien remboursée et mal répartie sur le territoire, vous allez favoriser l’accès à la santé pour tous les Français ? »

« Comment dire au personnel en souffrance que le problème n’est pas un manque de moyens mais d’organisation ? Car c’est le contenu de votre loi », questionne pour sa part le député communiste des Bouches-du-Rhône, Pierre Dharréville. Et de faire remarquer : « L’hôpital est en crise, le personnel en souffrance. Nul ne pense qu’il suffirait d’un claquement de doigts pour sortir de cette crise, mais vous pratiquez toujours la médecine néolibérale, pire que le mal quand elle n’en est pas l’origine ».

« Un projet plein d’esbroufe, de dédain et d’omission », synthétise encore le socialiste Joël Aviragnet.

Sans partager les critiques de fond, au contraire, la droite déplore un texte « rédigé au pas de charge » pour reprendre la formule de Jean-Pierre Door et critique le recours aux ordonnances. Mais se sentant rassuré par une ministre s’engageant à « pleinement associer » les parlementaires à leur rédaction.

Photo AFP
Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 20 mars 2019

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