Macron, nouveau packaging et vieilles recettes

C’est le printemps, les idées bourgeonnent au gouvernement même s’il faut reconnaître qu’elles ne sont pas toutes de première fraîcheur. Allongement de l’âge de départ à la retraite, nouvelle journée de « solidarité »… les salariés sont dans le viseur.

Ce devrait être le prochain grand chantier du gouvernement d’Emmanuel Macron : la réforme du système de retraites. Après celle de 2003 qui devait garantir la pérennité de notre système par répartition avec une nette augmentation de la durée de cotisations. Après celle de 2010 qui devait, elle aussi, garantir notre système, etc. Avec, au passage, un relèvement de l’âge légal de départ de 60 à 62 ans, nous avons déjà obtenu de travailler plus longtemps pour toucher moins. C’est un bon point de départ pour le gouvernement.

Comme toujours dans les périodes qui précèdent le semblant de concertation qui va être organisé, c’est le moment des ballons d’essai, plus ou moins provocateurs, plus ou moins annonciateurs des pistes de travail. C’est Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, qui a posé la première mine. Interrogée au « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI » sur un éventuel allongement de l’âge de départ à la retraite, elle a ainsi déclaré :« Je n’y suis pas hostile ». Mais attention, hein, la ministre a tenu à préciser qu’elle s’exprimait « à titre personnel ». Comme chacun le sait bien, il est tout à fait habituel qu’un ministre invité à une importante émission politique puisse lâcher une bombe à fragmentation uniquement de son cru, parce qu’il le sentait bien, comme ça, et puis c’est tout.

Mais l’argumentation de la ministre vaut aussi son pesant de cacahuètes. N’oublions pas que le candidat Emmanuel Macron s’était engagé à ne pas toucher à l’âge du départ à la retraite durant la campagne présidentielle de 2017. C’est évidemment un sérieux caillou dans la chaussure, oui, mais voyez vous, les Français le demandent : « Ce que j’ai dit, c’est que j’ai vu ces propositions remonter du « Grand débat ». À partir du moment où les Français l’évoquent, c’est sur la table. À partir du moment où toutes les propositions qui sont amenées par le « Grand débat » vont être étudiées, nous étudierons celle-là comme les autres », précise donc la ministre. À qui se demandait à quoi pourrez bien servir le « Grand débat », nous voilà rassurés. Enfin, pas vraiment.

Le retour de Houdini le magicien

Rappelez-vous, c’était il y a un peu plus d’un an, le 1er janvier 2018 le gouvernement augmentait le taux de CSG de 1,7 point. Officiellement, il s’agissait d’encourager le travail (humour de droite). Si les salariés du privé ont bien obtenu un très léger gain avec la baisse des cotisations chômage et maladie, ce fut une opération blanche pour les salariés du public et une perte de revenus parfois importantes pour les retraités.

Oui mais voilà, il faut aussi trouver de l’argent pour financer la dépendance des personnes âgées. L’état des EPHAD, le caractère fort lucratif pour quelques groupes privés des maisons de retraite qu’elles soient médicalisées ou non, nécessiteraient une remise à plat de l’ensemble du système. Un service public du quatrième âge ? Vous n’y pensez pas. Par contre, dans le cadre du « Grand débat national », La République en marche a eu une idée : travailler un jour férié gratuitement – pour faire poli, dire « journée de solidarité ». Il convient d’abord d’apprécier à sa juste valeur, l’originalité de la mesure : en 2004, après une canicule meurtrière, Jean-Pierre Raffarin avait instauré une première journée de solidarité qui a rapporté, en 2018, 2,4 milliards d’euros consacrés à la dépendance des personnes âgés ou handicapés. Seulement voilà, travailler gratuitement pendant une journée, au Moyen-âge cela s’appelait une corvée et concrètement cela veut dire une baisse du salaire horaire. Pour qui voulait encourager le travail ce n’est guère fameux.

Résumons. Premier acte : on pénalise les retraités parce qu’il faut récompenser le travail. Deuxième acte : c’est terrible, il faut trouver des crédits pour financer la dépendance, on propose donc de supprimer un jour férié – en clair : on pénalise donc le travail. Arrivé à ce point, il suffit de retourner à l’acte I, car il n’y a pas de raison. Normalement, en un ou deux quinquennats, il ne devrait plus rester que Noël et le 14-Juillet de libre.

Parangons de la modernité affichée, revendiquée, le gouvernement Macron cache bien mal, sous ses atours publicitaires, la vieille politique de la droite libérale. Organisant le creusement des inégalités et le démantèlement des acquis sociaux, cette politique appliquée depuis des décennies n’a eu pour seul effet qu’une montée quasi-continue de l’extrême droite en France comme en Europe. Trouver les voies pour imposer, enfin, une défaite majeure à ce gouvernement est plus que jamais une urgence.

Guillaume Liégard
Article tiré de Regards le 20 mars 2019

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