En cinquante ans, l’extraction de ressources a plus que triplé dans le monde

Selon les chiffres de l’International Resource Panel, le prélèvement de ressources naturelles a fortement augmenté dans les dernières décennies. L’ONU Environnement alerte sur les conséquences environnementales de cette tendance et met en avant le rôle des pays les plus riches et émergents.

Aujourd’hui, l’économie mondiale extrait 92 millions de tonnes de ressources naturelles par an pour fonctionner, alors que ce chiffre n’était «que» de 27 milliards de tonnes en 1970. Nous utilisons ainsi 3,4 fois plus de matières qu’il y a cinquante ans à l’échelle du globe.

Dans un rapport, le Groupe international d’experts sur les ressources (un groupe de scientifiques organisés sous l’égide de l’ONU Environnement pour travailler sur l’utilisation des ressources naturelles dans le monde) expose ces chiffres et met en garde. «Je le dis franchement, il n’y aura pas de lendemain pour beaucoup d’entre nous à moins de mettre fin à ces pratiques», a alerté dans un communiqué de presse la directrice exécutive par intérim d’ONU Environnement, Joyce Msuya, pour dénoncer l’insoutenabilité de cette exploitation.

Extraction

Infographie : l'extraction de ressources dans le monde

Au total en 2017, le monde prélevait près de 44 milliards de tonnes de minéraux non métalliques (de sable, de gravier, d’argile), 24 milliards de tonnes de biomasse (notamment par l’agriculture), 15 milliards de tonnes de combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel, pourtant principale cause du changement climatique) et 9 milliards de tonnes de métaux pour satisfaire aux besoins de la production. Une répartition qui, selon les auteurs du rapport, témoigne de la place des infrastructures dans le monde et de leur croissance dans les pays émergents. Entre 1970 et 2017 la population a doublé et le PIB a quadruplé.

Certes, extraction n’est pas toujours synonyme de destruction de la ressource naturelle. Les auteurs alertent néanmoins sur les conséquences environnementales de cette dynamique. Comme le résume Stefanie Hellweg – professeure d’évaluation environnementale à l’ETH de Zürich et co-autrice du rapport : «Si l’on comptabilise, l’extraction et la fabrication des ressources contribuent beaucoup aux problèmes environnementaux. Elles sont à l’origine de la moitié des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi que de 90% des phénomènes de perte de biodiversité et du stress hydrique, notamment en raison de la production agricole.»

Les pays riches restent les plus grands consommateurs de ressources

Infographie : l'extraction de ressources par continent

Quels sont les pays responsables ? Globalement, la région Asie-Pacifique est désormais la principale responsable de l’extraction (57%) et de la consommation (60%) des ressources naturelles. En cause, la démographie de la région, mais aussi la hausse des niveaux de vie et de la production industrielle puisque les auteurs notent que, depuis 2012, la consommation intérieure par tête des pays aux revenus «intermédiaires-supérieurs» (comprendre les pays émergents) a dépassé celle des pays à hauts revenus.

Attention cependant : il n’y a pas de réel rattrapage, et les chiffres de consommation masquent la délocalisation des industries lourdes, plus consommatrices de matériaux et plus polluantes, dans les pays émergents. Dans ces pays comme la Chine, la consommation de matière a certes beaucoup augmenté, mais en partie au bénéfice des pays les plus riches.

Ainsi «l’empreinte matière», qui désigne l’ensemble des ressources naturelles impliquées dans la production d’un bien, reste encore bien plus élevée pour les pays les plus riches. Car si l’on considère qu’un Européen doit se voir attribuer non seulement la matière qui compose son ordinateur (quelques kilos de métal tout au plus) mais aussi la matière et l’énergie nécessaires à sa construction, la part des ressources naturelles qu’il utilise n’est plus la même. Avec cet indicateur, en moyenne, la consommation des pays les plus riches est à l’origine de 35% de l’utilisation des ressources mondiales et s’élève à 27 tonnes par habitant.

Le rapport est alarmiste puisque, sans actions, nous pourrions atteindre 190 milliards de tonnes en 2060, mais ses rédacteurs laissent une place à l’espoir. Comme l’explique Stefanie Hellweg, «il y a besoin d’un changement fondamental. Il faut se lancer dans l’économie circulaire évidemment, mais comme les économies continuent de croître il faut aussi développer de nouvelles manières de construire – avec moins de matériaux et des ressources aux impacts plus faibles – intensifier les centres-villes, et changer de consommation pour réduire la viande et le gaspillage alimentaire. Pour diminuer notre impact matériel, il faut viser les infrastructures et le système alimentaire».

Julien Guillot et Nathan Mann
Article tiré de Libération  le 21 mars 2019

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