Cinéma – « J’veux du soleil » de François Ruffin et Gilles Perret

 

 

Lorsque, à la mi novembre, est apparu le mouvement des gilets jaunes, beaucoup se sont demandé à quoi il pouvait se rattacher : mouvement poujadiste, xénophobe, prônant le rejet des autres, prêt à faire le lit du rassemblement national de Marine Le Pen ? Ou bien, au contraire, un mouvement tout à fait compréhensible de ras le bol face à la misère vécue par une grande partie de la population, un mouvement dans lequel on pouvait retrouver entre les gens une fraternité oubliée depuis longtemps ? Pour en avoir le cœur net, François Ruffin et Gilles Perret ont fait en décembre le tour de nombreux rond-points de notre pays et ont dialogué avec des protagonistes du mouvement. On connait l’orientation politique de François Ruffin, député de la France Insoumise, fondateur de « Fakir », réalisateur de « Merci Patron »  ; on connait le travail de Gilles Perret, grand cinéaste du social (« Les jours heureux », « La sociale », « L’insoumis »). Il ne pouvait qu’être intéressant de connaître les conclusions qu’ils allaient tirer de ce road-movie. Après tout, ils auraient pu ne pas s’y retrouver du tout pour telle ou telle raison !

Eh bien, ces conclusions sont à la fois d’une grande dureté, d’une grande lucidité et d’un grand optimisme. Grande dureté car elles montrent clairement la très grande misère dans laquelle vit une grande partie de nos concitoyens et, plus encore, de nos concitoyennes, après 40 années de mainmise libérale sur notre pays et la destruction progressive des services publics et des avancées sociales. Grande lucidité, car elles montrent clairement le fossé qui n’a cessé de se creuser entre une partie importante du peuple et des dirigeants hors-sol, complètement inconscients de la dure réalité de ces gens là. Grand optimisme pour 2 raisons : la première concerne la combativité des personnes que Ruffin et Perret ont rencontrées sur les rond-points, la fraternité qu’ils affichaient entre eux et le fait que (on espère que c’est la peinture de la réalité !) jamais, on n’entend de revendication anti-immigré dans la bouche des personnes rencontrées ; la deuxième semble plus entrer dans ce qu’on appelle l’optimisme béat : en voyant le film, on peut donc croire que, électoralement parlant, le mouvement des gilets jaunes ne profite pas, avant tout, au rassemblement national. Et pourtant …

Il faut dire que « J’veux du soleil » a été tourné en décembre, à une époque où les actions se déroulaient principalement sur les rond-points. Depuis, les choses ont évolué avec, en particulier, le phénomène des casseurs que les médias nationaux ont largement utilisé pour dénigrer le mouvement (à qui profite le crime ?). En tout cas, « J’veux du soleil » est un témoignage d’une époque, témoignage orienté, c’est évident, mais témoignage utile, c’est tout aussi certain.

Jean-Jacques Corrio

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