« L’Europe sociale » selon Nathalie Loiseau (LREM), c’est un Smic… au niveau du seuil de pauvreté !

Dans une interview accordée au « Parisien » ce mercredi 10 avril, la tête de liste LREM aux élections européennes précise sa définition du Smic européen proposé par Emmanuel Macron. Pour Nathalie Loiseau, un « revenu décent », c’est 50% du revenu médian, soit le seuil de pauvreté. Même en Bulgarie, son application serait un retour en arrière…

 

C’est ce qui s’appelle avoir un appétit d’oiseau. Dans une interview donnée au Parisien de ce mercredi 10 avril, la tête de liste La République en marche (LREM) pour les élections européennes donne une vision… frugale de ce que serait une « Europe sociale » à ses yeux.

« Oui. Je veux que l’Europe rime avec le mot social ! », démarre pourtant, tout feu tout flammes, Nathalie Loiseau. Ce que l’ancienne directrice de l’Ena traduit concrètement par une proposition phare portée par Emmanuel Macron, un Smic européen : « Il faut au minimum un Smic dans tous les pays de l’UE. Et partout, un Smic qui permette un revenu décent ». Et c’est là que le miroir aux alouettes se révèle. Car qu’entend Nathalie Loiseau par « décent »« C’est-à-dire, par pays, au moins la moitié du salaire médian ».

UN SMIC BULGARE RÉDUIT DE MOITIÉ

Le salaire médian, c’est le montant qui divise la population en deux parties égales : 50% gagne plus, 50% moins. En France, il s’établit selon les dernières données disponibles à 1.772 euros net par mois. Pour se donner une idée, Nathalie Loiseau propose donc un « revenu décent » qui, en France, équivaudrait à… 886 euros. Soit 317 euros de moins que notre Smic actuel, à 1.203 euros net. Ce niveau de la moitié du salaire médian est d’ailleurs souvent utilisé, notamment par l’Observatoire des inégalités, pour définir… le seuil de pauvreté !

Alors bien sûr, à ce stade, LREM ne propose pas de baisser le Smic français mais d’augmenter celui des pays les plus pauvres de l’Union. La techno prend l’exemple de la Bulgarie : « Cela ne fera pas du Smic bulgare un Smic français du jour au lendemain, mais il y aura une dynamique ». Sauf qu’en Bulgarie, où un salaire minimum existe déjà, celui-ci s’établit à 286 euros mensuels brut (données Eurostat), soit 1,64 euro brut de l’heure. Quand le salaire médian bulgare, lui, est (selon les dernières données Eurostat disponibles, qui de 2014) de 1,70 euro brut par heure. Soit, sur la même base de 40 heures par semaine, 296 euros par mois*.

En clair, Nathalie Loiseau propose donc de ramener, en Bulgarie, le salaire minimum de 286 euros à « au moins la moitié » de 296 euros, c’est-à-dire 148 euros. Soit une régression de 48%, et un retour au salaire minimum de… 2012. Sacrée « dynamique », en effet !

*Il n’existe pas de données publiques plus récentes concernant le salaire médian bulgare. Mais pour que la proposition de Nathalie Loiseau constitue un progrès social, il faudrait qu’il ait atteint au moins 600 euros brut mensuels, soit un doublement en 5 ans ! Impossible, d’autant que 600 euros, c’est aujourd’hui seulement le salaire moyen – en général nettement supérieur au salaire médian – en Bulgarie (il était d’environ 400 euros brut en 2014).

Photo SIPA/Isa Harsin
Thomas Bampouille
Article tiré de Marianne  le 10 avril 2019

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