Manon Aubry – « Le mot gauche est en jachère et il faut ressemer les graines »

Elections européennes, allocution et « annonces » présidentielles, grand débat national… On fait le point avec l’invitée de #LaMidinale : Manon Aubry, tête de liste La France insoumise.

VERBATIM

Sur l’allocution du président de la République 
« Je ne suis pas experte, ni architecte, ni bâtisseuse, mais quand j’entends les spécialistes, ils disent que c’est ambitieux. » 
« Les cinq ans annoncés par Emmanuel Macron [pour reconstruire Notre-Dame-de-Paris], ça a tout l’air d’être une annonce politique plutôt que pragmatique. »
« Tout est bon pour donner l’impression qu’Emmanuel Macron est aux commandes d’une France au travail. »
« Son allocution était assez creuse. »

 Sur les annonces qui ont fuité dans la presse 
« Il n’y a pas de hausse du SMIC ou de revalorisation des minima sociaux. »
« Il y a quelques rustines qui sont faites et qui coutent de l’argent et on entend déjà qu’il va falloir travailler plus pour les financer. »
« C’est plein d’incohérences. »
« Il joue sur les mots parce que peut-être qu’il ne va pas fermer d’école mais il va fermer des classes. Peut-être qu’il ne va pas fermer des hôpitaux mais il va supprimer des lits. »
« Sur les retraites, c’est un pas en avant, deux pas en arrière, on n’y comprend plus rien. »
« Même s’il y aura des mesures qui peuvent être intéressantes à la marge, ça se voit que c’est du rafistolage. »
« C’est une opération de communication là ou il aurait dû faire une vraie révolution fiscale. »

 Sur les baisses d’impôts 
« Si l’on veut faire de l’impôt sur le revenu un impôt progressif, il faut bien plus de tranches. Nous proposons 14 tranches – contre 5 à l’heure actuelle – pour le rendre véritablement progressif. »
« Macron essaie de donner quelques cadeaux pour une population très identifiée. »
« Les niches fiscales, on ne les connait pas très bien, mais il y en a énormément et elles ont été multiplié par deux en l’espace de dix ans. Ça coute un pognon de dingue pour le coup. »
« Les premières niches fiscales, c’est le CICE qui va couter 40 milliards d’euros cette année, et le crédit d’impôt recherche. Deux crédits d’impôts qui sont utilisés par les entreprises et ça coute beaucoup d’argent à l’Etat sans retour sur investissement. Sans produire d’effets sur l’emploi et la recherche. »
« Il faut qu’une cathédrale brûle pour que les plus riches donnent de l’argent à l’Etat. J’aurais envie de leur répondre “payez vos impôts d’abord et que LVMH rapatrie ses 300 filiales des paradis fiscaux”. »
« Le budget de la culture et du patrimoine, c’est 300 millions d’euros : c’est un tiers de moins que ce qui a été collecté en l’espace de quelques heures. »

 Sur les élections européennes 
« L’objectif, c’est de faire le plus possible et d’envoyer le plus de parlementaires. »
« On a l’impression que les institutions européennes sont loin de nous parce qu’on fait tout pour qu’elles soient le plus loin de nous. En réalité, elles sont présentes dans notre quotidien. »
« Quand on se lève le matin et qu’on mange des céréales, si elles ont été produites avec du glyphosate, c’est une autorisation de l’UE. Quand on prend les transports pour se rendre au travail, la fermeture des petites lignes de train et des petites gares, c’est aussi une conséquence de l’UE. »
« Notre quotidien est régulé par l’UE et c’est à nous, les citoyens, de reprendre la main. »

 Sur la ligne politique de la France insoumise 
« Souvent, on nous désigne du doigt de manière un peu dogmatique sur la question des traités. »
« Les traités européens empêchent d’investir massivement dans la transition écologique notamment avec la règle des 3% de déficit, alors qu’on sait que la transition écologique nécessite au moins 30 milliards d’euros par an pour aller vers 100% d’énergie renouvelable. »
« Les traités européens imposent des accords de libre-échange. L’UE signe à tour de bras des accords de libre-échange avec des pays du monde entier et fait venir de l’autre bout de la planète des marchandises qui sont déjà disponibles en France. »
« Les traités européens imposent cette forme de compétition entre les pays européens en empêchant l’harmonisation fiscale. »
« C’est important de comprendre les contraintes posées par ces traités européens. Nous, nous disons qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. »
« On est en faveur de la coopération entre les peuples européens mais pas sur cette base donc il faut se donner les moyens de changer les bases de la construction européenne. »
« La France a un poids important dans l’UE et on peut peser dans le rapport de force pour changer ces traités européens et rompre avec ses règles. »

 Sur la gauche 
« Je suis de gauche, clairement. »
« Le mot gauche est relativement dévoyé dans le contexte politique actuel. »
« Le mot gauche est en jachère et il faut ressemer les graines. »
« L’entretien avec Claire Nouvian [dans Libération] était l’occasion d’exposer nos désaccords sur la vision de l’Europe. »
« Claire Nouvian et Raphaël Glucksmann, pour lesquels j’ai beaucoup de respect, ont une vision très naïve de l’Europe. »
« Leur Europe serait au-dessus de tout. Mon combat, c’est la justice sociale, fiscale et environnementale. Et je le place au-dessus de la construction européenne telle qu’elle est. Et je veux mettre la construction européenne a son service et non l’inverse. »
« Je ne fais pas confiance au PS, avec lequel s’allie Place Publique, pour opérer les ruptures dont nous avons besoin alors qu’ils sont eux-mêmes responsables de la situation et qu’ils ont gouverné pendant des années avec la droite européenne. »

 Sur l’après européennes 
« L’agenda de la FI, à la veille et au lendemain des européennes, ne doit pas changer : c’est un agenda qui pose un projet politique clair, élaboré dans le cadre des élections présidentielles et qui est solide avec ses livrets thématiques. Un projet qui pose une ambition climatique et sociale comme les deux faces d’une même pièce. »
« La FI est lancée dans une opération qui vise a fédérer le plus largement possible, à fédérer le peuple avec des gens qui viennent de tous horizons. »
« Il faut être très clair et c’est le désaccord que l’on a avec le reste de la gauche : il faut une rupture fondamentale avec l’UE telle qu’elle existe. »
« On doit fédérer les citoyens d’où qu’ils viennent. Il ne faut pas de tambouille, pas d’accords d’appareils et qui ont abouti aux déceptions qu’a connu la gauche ces dernières années. »
« Il faut fédérer le peuple avec la gauche. »

Entretien réalisé par Pierre Jacquemain
Article tiré de Regards . le 17 avril 2019

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